Députée du Doubs, vice-présidente de l’Assemblée nationale, Annie Genevard est aussi la secrétaire générale des Républicains. Un rôle délicat dans une période marquée, entre autres, par la récente mise en examen de Nicolas Sarkozy.

Il ne doit pas être de tout repos, votre poste de numéro 3 des Républicains, si ?

« Il consiste à mettre en œuvre les décisions stratégiques du parti, animer l’équipe dirigeante, organiser le lien avec les fédérations. J’ai accepté la fonction, qui n’est pas facile, par attachement profond à ma famille politique. Je ne cherche pas à exister en ourdissant des divisions pour régner. J’ai envie que la maison tourne, qu’elle soit un creuset qui rassemble gaullistes, centristes, libéraux et gens plus à droite pour qu’en émerge une ligne cohérente. Sans aucune collusion, jamais, avec le Front national qui est notre principal ennemi et veut notre mort. »

La maison tourne, mais à quel prix ! Vous venez de vendre votre siège national, tout en négociant pour continuer à l’occuper…

« Notre famille est en convalescence. En reconstruction. La vente du siège, c’est un très bon montage qui nous désendette à 80 % sur cinq ans, tout en conservant des marges de manœuvre financières pour les deux prochains rendez-vous politiques, les européennes et les municipales. Le symbole est fort : nous restons dans l’immeuble dont l’image est attachée à notre parti. C’est à l’opposé du symbole, catastrophique pour le Parti socialiste, du départ de la rue Solférino. »

Vous compatissez aux malheurs de la concurrence ?

« Il n’y a pas de démocratie accomplie sans partis politiques ! Un des points majeurs de mon opposition à Emmanuel Macron, c’est son dynamitage des partis de gouvernement. Stratégie qui, d’ailleurs, épargne curieusement les extrêmes. Je ne l’ai jamais entendu dire : «  Je veux déstabiliser le Front national et la France Insoumise. » eee En revanche, durant la campagne, il a expliqué qu’il voulait déstabiliser la droite en lui ouvrant les bras. Ces mots portent en germe une perspective préjudiciable à la démocratie, et que je refuse, celle d’un parti central, seul face aux extrêmes. »

Pourquoi, préjudiciable ?

« Le jour où ce parti s’écroule, quelle est l’alternative ? La France Insoumise tient par la figure de Mélenchon. Le Front national est complètement « out ». C’est le problème des mouvements constitués autour d’une personnalité. Le MoDem est dans la majorité. L’UDI lui est plutôt très favorable. Malgré l’estime que je peux avoir pour Olivier Faure, sûrement sincère dans sa volonté d’y remédier, le PS est très mal, réduit à peau de chagrin.

Les Républicains, c’est le dernier grand parti debout, le premier de l’opposition. Au delà de notre propre intérêt, cela nous confère une responsabilité considérable, pour la France : résister aux attaques en règle menées contre la démocratie. »

Vous pensez à la priorité absolue donnée à l’exécutif ?

« Je pense à sa volonté de museler et d’affaiblir le Parlement, à sa façon de tenir la presse à distance et de fournir des images et une communication officielle toutes prêtes, à celle, fort déplaisante, dont il traite les corps constitués. Quand Nicole Belloubet, Garde des Sceaux, dit : « Vous pourrez déposer moins d’amendements mais ils seront de qualité » , c’est injurieux. Quand la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, juge : « Vous avez pu vous exprimer librement » … mais oui, et encore heureux ! C’est révélateur d’un gouvernement de technocrates. Macron a brouillé les cartes mais le jeu a ses limites. À nous de dissiper les illusions et de déchirer le voile. »

Et soudain, Nicolas Sarkozy est revenu sous les projecteurs judiciaires. Sincèrement, vous en auriez bien fait l’économie, non ?

« Chez nous, beaucoup ont hâte que cette affaire soit tranchée définitivement par la Justice ! D’abord pour Nicolas Sarkozy qui a quitté la politique mais reste à nos yeux une figure majeure. Nous ne pouvons pas être indifférents à l’épreuve terrible que traverse l’homme. C’est pourquoi il reçoit tant de soutiens. En plus, on nage en pleine fantasmagorie. On nous parle de dizaines de millions d’euros. Mais quand on a des dizaines de millions d’euros pour une campagne, on en fait quoi, concrètement ? Ils sont où ? On ne peut ni les déposer à la banque ni tout payer en liquide. Après, je pense que l’opinion fait la part des choses entre cette douloureuse affaire et l’avenir de la droite. »

Certains s’interrogent désormais sur les motifs de la guerre en Libye et les circonstances de la mise à mort de Kadhafi…

« Il est scandaleux et inimaginable qu’on puisse établir un tel lien avec la guerre en Libye ! Ce soupçon, je le trouve ignoble, gravissime et en plus, il est démenti par les faits. La France n’y était pas seule. Oui, cette guerre a déstabilisé la région avec les conséquences que l’on sait. On ne peut pas reprocher à Nicolas Sarkozy d’avoir provoqué la chute d’un tyran sanguinaire. On peut par contre reprocher à François Hollande de n’avoir rien fait ensuite, au nom de la France, pour contribuer à stabiliser la nouvelle Libye. »

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Dose de proportionnelle aux législatives : « Un tripatouillage avec Bayrou »
« Macron reprend toutes les ficelles de l’ancien monde. Je suis contre sa réforme des institutions et l’instauration d’une dose de proportionnelle pour l’élection législative. Au scrutin majoritaire, un député tient sa légitimité du peuple. Avec la proportionnelle, il tient sa légitimité d’un parti politique. Ce n’est pas du tout la même chose. En fait, c’est un tripatouillage, un accord avec Bayrou sans l’aide duquel jamais Macron n’aurait été élu. Le député est certes un législateur, mais il doit conserver son lien avec le territoire et ses concitoyens. »