Interview : CSP «Le parti pris politique de Lussault est évident»

Interview publiée dans Le Figaro le 27 septembre 2017

INTERVIEW – La députée (LR) du Doubs, professeur de lettres classiques, estime que les propos «exagérément vio­lents» du président du Conseil supérieur des programmes après sa démission «traduisent des préjugés et des procès d’intention» et mettent «en opposition le public et le privé».

Professeur de lettres classiques, députée du Doubs et secrétaire générale adjointe des Républicains, Annie Genevard a été membre du Conseil supérieur des programmes (CSP), installé en 2013 par Vincent Peillon, alors ministre de l’Éducation. Démissionnaire en août 2015, elle avait dénoncé l’absence d’indépendance de l’instance, pilotée alors par Michel Lussault. Elle décrit l’homme qui vient de claquer la porte comme «un proche de Najat Vallaud-Belkacem» qui «règle aujourd’hui ses comptes» avec le successeur de cette dernière.

LE FIGARO. – En démissionnant du CSP, Michel Lussault explique qu’il aimerait que «le modèle de l’école de la République ne soit pas celui de l’école jésuite». Que pensez-vous de ces propos?

Annie GENEVARD. – Exagérément violents, les propos de Michel Lussault trahissent sans doute son ressentiment d’avoir été contraint de démissionner. Mais ils traduisent aussi des préjugés et des procès d’intention. En attaquant l’école jésuite, en filigrane, il met en accusation une école qui serait réservée à une élite. Il met aussi en opposition le public et le privé. C’est un parti pris politique évident. Il se présente comme la voix de la démocratisation de l’école. Mais oublie-t-il les résultats des récentes enquêtes? En lecture, un jeune sur dix de moins de 25 ans a des difficultés. En mathématiques, la France est au-dessous de la moyenne européenne. Nous voilà précisément au cœur de la question de la démocratisation! Michel Lussault critique l’attention que l’actuel ministre de l’Éducation porte aux fondamentaux – lire, écrire, compter et respecter autrui -, en revendiquant, en parallèle, une nécessaire compréhension du monde «dans sa dimension multiculturelle» et une appréhension «des questions environnementales». Mais sans les savoirs clés, rien n’est possible. C’est une question de priorité. Les parents le savent. C’est la raison pour laquelle les propos de M. Blanquer recueillent leur adhésion.

En 2015, vous avez choisi de démissionner. Pour quelles raisons?

En vivant l’expérience de l’intérieur, j’ai pu constater l’absence de transparence et d’indépendance du CSP. Il existe une trop grande étanchéité entre ses 18 membres du conseil (8 parlementaires et 10 personnalités indépendantes, NDRL) et les experts qui fabriquent les programmes et qui sont toujours les mêmes depuis de nombreuses années. Ces experts, spécialistes dans leur discipline, ont défendu leurs chapelles. Les membres du conseil, installés pour garantir l’indépendance de la structure, se sont retrouvés en position d’arbitrage sans savoir réellement de quoi il retournait. C’est ainsi qu’est arrivé le prédicat, par exemple. Il n’y avait aucune indépendance. Michel Lussault n’a pas caché sa proximité avec Najat Vallaud-Belkacem. De même qu’il ne cache pas son hostilité à l’actuel ministre. Il règle aujourd’hui ses comptes. Ce n’est pas digne de la fonction.

Faut-il remettre en question le CSP dans son ensemble?

Il est clair que son fonctionnement doit être revu. La précipitation avec laquelle ses membres ont été sommés de travailler, pour coller à l’agenda politique, n’a pas contribué à en faire un lieu de réflexion. Le fait que le CSP ait été marqué par les démissions successives n’est pas anodin. Le prédécesseur de Michel Lussault avait jugé la tâche infaisable. Quant à M. Lussault, il a été recruté car on savait qu’il ferait politiquement le job. Il fallait un universitaire, mais aussi un militant ayant une approche sociale et sociétale de l’école.

Rencontre avec les responsables de la CAF du Doubs

J’ai récemment rencontré les responsables de la Caisse d’Allocations Familiales du Doubs avec lesquels nous avons abordé l’actualité nationale mais également les demandes spécifiques locales.
J’ai notamment interrogé la direction au sujet des modalités de calcul du complément différentiel versé par la Suisse pour les travailleurs frontaliers, dans la mesure où je suis régulièrement sollicitée par des habitants de ma circonscription concernés par ces dispositions.

Plan Logement : attention à la fracture territoriale !

Annie Genevard, Députée du Doubs, s’inquiète des annonces faites hier par le gouvernement au sujet de l’exclusion du dispositif issu de la loi dite « Pinel » des zones B2 dans lesquelles figurent Pontarlier et Morteau.

Le Haut-Doubs est attractif pour de nombreux travailleurs en raison de la proximité de la Suisse ce qui engendre une forte demande de biens immobiliers sur le marché locatif. La loi Pinel a permis de résoudre cette difficulté avec, depuis son entrée en vigueur, une moyenne de 300 logements annuels mis en chantier. La construction de nouveaux logements dans ces deux villes situées en zone rurale a attiré une population qui diminue la pression foncière sur les terres agricoles dans les villages en périphérie.

De plus,  les prêts à taux zéro octroyés aux ménages accédant à la propriété ne concerneront désormais que les grandes métropoles, ce qui est bien regrettable pour la population des territoires ruraux.

La Députée précise qu’elle a sollicité le Ministre de l’Action et des Comptes publics. Elle déposera des amendements lors de l’étude prochaine du Projet de loi sur le logement et du Projet de loi de finances à l’Assemblée nationale pour maintenir des dispositifs justes afin ne pas accentuer la fracture territoriale dans nos zones rurales et de montagne.

Question écrite : contributions sociales des travailleurs frontaliers

Mme Annie Genevard attire l’attention de Mme la ministre des solidarités et de la santé sur les contributions sociales des travailleurs frontaliers. Depuis le 1er juin 2014, les travailleurs frontaliers de la Suisse et les pensionnés du seul régime de retraite suisse, lorsqu’ils choisissent d’être assurés en France dans les conditions prévues par l’accord Union européenne (UE) – Suisse sur la libre circulation des personnes, doivent désormais s’affilier auprès de l’assurance maladie française.

Cette situation fait apparaître une injustice profonde pour les frontaliers qui ont disposé du 2ème pilier sous forme de capital. Alors que cette pension de retraite reçue sous forme de capital est taxable à 7,5 % par application de la loi de 2010, ce montant entre également dans l’assiette de calcul des cotisations de la sécurité sociale.

En effet, la cotisation calculée par le Centre national des frontaliers suisses (CNFTS) de l’URSSAF se base sur le revenu fiscal de référence. Il apparaît ainsi que la cotisation CMU est déterminée à partir d’une base injustement surévaluée.

Elle lui demande donc quelles mesures le Gouvernement entend mettre en place pour mettre un terme à cette pratique et ne plus pénaliser les travailleurs frontaliers ainsi concernés.

Travailleurs indépendants, une vigilance nécessaire 

Annie Genevard, Députée du Doubs, rappelle que le Régime Social des Indépendants suscite des difficultés dans son application et que très souvent elle est sollicitée par des indépendants de sa circonscription confrontés à des situations difficiles (dysfonctionnements dans le traitement des dossiers, le recouvrement des cotisations, le remboursement des soins…), dont certaines, parfois dramatiques, mettent en péril leur activité économique.

Elle a d’ailleurs appelé à plusieurs reprises l’attention du Président de la Caisse locale sur des dossiers et a organisé une grande réunion publique sur cette thématique en septembre 2015.

La Députée a également accompagné lors du précédent quinquennat les propositions de réforme en cosignant notamment la proposition de loi qui envisageait de donner aux indépendants plus de flexibilité dans le choix de leur régime social (il était proposé que ceux qui le souhaitent puissent s’affilier au régime général pour une durée de trois ans reconductible tacitement).

Le gouvernement vient d’annoncer la suppression du RSI à partir du 1er janvier 2018 avec le rattachement au régime général. Annie Genevard précise qu’il faudra être vigilant sur cet important dossier et qu’elle veillera, lors de l’examen du PLFSS, à ce que cette réforme apporte une réelle plus-value aux indépendants. Elle émet également des réserves quant aux annonces faites sur l’élargissement du statut d’autoentrepreneur dont les plafonds de revenus maximum pour en bénéficier devraient être doublés en 2018, ce qui pénalisera inévitablement nos artisans.

Une députée mobilisée pour l’école

A deux jours de la rentrée, Annie Genevard, Députée du Doubs, prend acte avec intérêt des décisions du ministre de l’Education nationale qui revient sur un certain nombre de réformes instaurées sous le quinquennat de François Hollande, comme les rythmes scolaires ou la réforme du collège.

Elle rappelle qu’elle a toujours combattu ces réformes portées par les trois ministres successifs du quinquennat précédent et qui n’ont eu de cesse de s’attaquer aux dispositifs qui avaient fait leurs preuves comme les classes bilangues ou les classes européennes.

Dans un esprit de cohérence, elle accompagnera les réformes qu’elle juge utiles aux élèves comme la restauration de l’apprentissage du grec et du latin au collège, la priorité donnée à l’école primaire, la maîtrise des savoirs fondamentaux et à leur évaluation.

La Députée précise qu’elle sera lundi matin aux côtés des parents d’élèves et des élus du RPI des Hôpitaux-Neufs afin de soutenir le maintien d’une sixième classe, dont la situation reflète bien le cas particulier des écoles situées en milieu rural et de montagne qui doivent bénéficier d’une protection spécifique conformément à la loi Montagne qu’elle a portée l’an dernier et dont l’application définitive est à venir très prochainement.

Rencontre avec les policiers de Pontarlier

A l’invitation du Commissaire Général Benoît DESFERET, directeur général de la Sécurité Publique du Doubs, Annie Genevard, Députée du Doubs, a rencontré mardi 29 août 2017 les fonctionnaires de Police Nationale de Pontarlier.

Le commissaire et le commandant Armand TROUSSEAU, commandant fonctionnel de la zone de sécurité publique de Pontarlier-Doubs, ont présenté à Madame Genevard l’organisation du service de la Direction départementale de la sécurité publique et les moyens matériels en armes, en véhicules et en matériel scientifique ainsi que les enjeux territoriaux de la sécurité publique sur le département et sur Doubs-Pontarlier.

Divers sujets ont été évoqués concernant la tranquillité publique, la lutte contre les cambriolages, la sécurité routière.

La députée a souhaité également être informée des dispositifs mis en œuvre pour détecter les signes de radicalisation religieuse afin de mieux la prévenir et la combattre.

Elle s’est engagée à soutenir à l’Assemblée Nationale toute mesure visant à permettre aux forces de sécurité d’exercer au mieux leur mission, la sécurité des Français étant la première de leur liberté.

La parlementaire a tenu à saluer l’engagement et le dévouement des policiers et agents qui exercent leurs fonctions avec exemplarité.

Elle a accepté le principe d’une prochaine visite thématique en participant en personne à l’une de leurs missions quotidiennes.

Question écrite : Dispositif Pinel

Mme Annie Genevard attire l’attention de M. le ministre de la cohésion des territoires sur le dispositif issu de la loi dite « Pinel » codifié sous l’article 199 novovicies du code général des impôts (CGI). Les acteurs de l’immobilier de la circonscription de la députée s’interrogent au sujet de la fin de ce dispositif prévu pour le 31 décembre 2017.

Elle précise que le territoire du Haut-Doubs est attractif pour de nombreux travailleurs en raison de la proximité de la Suisse ce qui engendre une forte demande de biens immobiliers sur le marché locatif, un marché par conséquent tendu. La loi Pinel a permis de résoudre cette difficulté avec, depuis son entrée en vigueur et son application à deux villes (Pontarlier et Morteau situées en zone B2), une moyenne de 300 logements annuels mis en chantier.

Le dispositif a permis de redynamiser ce marché et ainsi de mettre un frein à une hausse des prix des loyers provoquée avant l’entrée en vigueur de la mesure. De plus, le parc locatif ancien a été considérablement amélioré par les propriétaires bailleurs conscients des efforts à consentir du fait de l’arrivée sur le marché de ces nouveaux logements. La construction de nouveaux logements dans ces deux villes situées en zone rurale a attiré une population qui amenuise la pression foncière sur les terres agricoles dans les villages en périphérie.

Il est donc nécessaire de trouver une solution équilibrée, sachant que le dispositif Pinel génère aussi des recettes fiscales. Elle lui demande donc son avis sur cette question.